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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 08:57

Cet épisode 3 est l’histoire d’un aller-retour en solitaire. Je dirais même plus, d’un aller-retour, parce que parcouru en solitaire. Je m’explique : dans les épisodes 1 et 2 (previously in GTJ trip) nous étions au moins deux randonneuses, nous pouvions donc déposer une voiture à la fin de l’étape, puis récupérer celle laissée au début. C’était un peu long, parfois casse-tête pour faire au plus simple, mais pratique. Hors, cette fois, me voilà seule. Je gare donc ma voiture au début de l’étape, et, arrivée à la fin, me retrouve couillonnée. Je dois donc refaire le chemin en sens inverse pour récupérer ma voiture. Je vous rassure, je ne me suis pas rendu compte du dysfonctionnement au milieu de la rando, je suis partie en toute connaissance de cause. Mais cela explique l’aller-retour.

 

27 mai : étape 6 : La Rasse – Villers-le-Lac

 

Je débarque donc seule, avec mon sac et ma Clio, samedi matin devant l’hôtel-restaurant La Rasse, dont l’adresse figurant dans le topoguide (est-elle officielle ?) est la suivante : sur les rives du Doubs. Autant vous dire que c’était un peu vague pour le GPS. Le (nouveau) propriétaire (hollandais, au cas où ça aurait son importance) de l’établissement me laisse gentiment garer la voiture sur son parking. Je ne m’attarde pas, chausse mes pompes de rando, endosse mon sac, et c’est parti !

Ce ne sera que pour 2 jours, mais c’est la première fois que je marche en itinérance depuis le GR3, en 2010, c’est-à-dire sans revenir à la voiture ou à la maison et en portant toutes les affaires dont j’aurai besoin pour ces 2 jours. J’adore cette sensation, cette impression de transporter sa maison sur son dos. En plus, il fait beau et le Doubs s’offre sous son meilleur jour.

Le Doubs, au départ de l'étape

Le Doubs, au départ de l'étape

On (le sentier et moi ? Moi, moi, moi et moi-même ?) le longe un bon moment. L’étendue d’eau porte les sons, et l’on entend quelques bruits de moteur et des voix de promeneurs sur l’autre rive. Mais de mon côté, c’est calme. Trois refuges, dont je n’ai pas retenu les noms, sont répartis sur cette portion, abris de bois pas si petits faisant face à la rivière.

 

Au niveau du troisième refuge commencent les 350m de dénivelé pour atteindre Villebasse (qui, dans les jambes, paraît bien haute). S’ensuit une portion de piste forestière dont le charme est plutôt limité (hormis quelques endroits forts mignons, il faut quand même l’admettre), mais qui présente un point d’intérêt non négligeable. Surprenant. Adorable… 

 

Un petit refuge avec une bibliothèque voyageuse !! Je n’ai qu’une envie : me poser là et terminer mon livre en cours de lecture (oui, je l’ai emmené, et après je vais me plaindre que mon sac est lourd), juste pour avoir le plaisir de le déposer dans cette boîte au milieu de nulle part que seuls des voyageurs à pied ou à vélo peuvent trouver, comme moi, par hasard. Mais il me reste trop de pages à lire, et beaucoup de chemin à faire. Je repars, mais dans un coin de ma tête, je note que je repasserai demain, sur le trajet de retour, et si j’avance suffisamment dans ma lecture d’ici là, peut-être que…

 

Je dépasse la piste des Pissoux (juste pour le fun de l’allitération) et descends au barrage du Châtelot. Dans l’escalier métallique, un bruit me fait lever les yeux. Un chamois est là, en contre-haut, pas très loin mais inaccessible, et il le sait : il m’observe aussi tranquillement que je l’observe. Je lui dis bonjour, mais comme il ne me répond pas, je continue mon chemin. Lui continue le sien, et tout en marchant, me balance des cailloux. Je n’arrive pas à déterminer si c’est volontaire ou non.

Nous voilà (vous qui lisez et moi-même) de nouveau dans les gorges, et c’est de nouveau beau.

Barrage du Châtelot - 27.05.17

Barrage du Châtelot - 27.05.17

On approche du Saut du Doubs, il y a plus de monde sur le chemin (pas difficile vu que jusqu’à présent il n’y avait personne). Le temps est de plus en plus lourd, le sac aussi me semble-t-il. J’avais oublié que quand on transporte sa maison, ce n’est pas le dos, ou les cuisses, ou les mollets, qui douillent le plus, mais les plantes des pieds, qui n’ont pas l’habitude de porter ces quelques kilos supplémentaires et finissent par chauffer.

J’arrive finalement au Saut du Doubs, et me retrouve assez déçue : la cascade est belle, mais on ne peut la voir que d’en haut (même depuis le « belvédère du bas »). On la devine impressionnante, mais on ne se rend pas vraiment compte des perspectives, de la hauteur et de la puissance de la chute.

Le Saut du Doubs - 27.05.17

Le Saut du Doubs - 27.05.17

Je fais une pause rapide à la buvette la plus proche et poursuis mon chemin. Il y a trop de monde ici.

La route entre le Saut du Doubs et Villers-le-Lac est sans grand intérêt (déjà, c’est une route, pas un chemin, donc forcément moins agréable à marcher) à part l’arrivée sur Villers, qui donne une belle impression sur la ville.

 

Je passe la nuit au gîte d’étape du Clos Rondot. D’extérieur, la petite maison ne paie pas de mine, mais à l’intérieur, c’est nickel : cuisine aménagée neuve, salon confortable, douche chaude, chambres propres… Et que dire de la gérante, au top de l’accueil ! Randonneuse également, nous discutons quasiment 1h, de randonnée, de randonneurs (des sympas et des chiants), de gîtes d’étape et de la région. J’aime randonner seule, il y a un petit côté défi à ne compter que sur soi, il y a également le respect de son propre rythme (rythme de marche, mais aussi rythme de vie), mais surtout cela libère complètement les pensées. Elles peuvent partir en tous sens, sans jamais s’arrêter sur un sujet précis, sans avoir à se rendre cohérentes en vue d’une conversation construite. Seul, on n’a pas besoin d’enfermer les sensations, les réflexions, dans des mots, des phrases, avec leur logique. Elles peuvent rester chaotiques, désordonnées. En ce qui me concerne, c’est de ce chaos, de ce désordre du laisser-aller, que nait l’inspiration. Mais je m’égare. Ce que je voulais dire, c’est que j’aime randonner seule, sans causer à qui que ce soit, mais qu’après une journée comme celle-là, une discussion animée est la bienvenue. Celle que j’ai avec la gérante du Clos Rondot est parfaite : pas prise de tête, drôle, spontanée.

 Après son départ, c’est rapide : douche, repas, lecture, dodo.

 

Bilan journée : 27 km qui permettent de dépasser les 100 km sur la GTJ, ce qui correspond au quart du GR !

Avancée GTJ : 101,8 km

 

28 mai : étape 6bis : Villers-le-Lac – La Rasse

 

Le lendemain, j’en ai plein les pattes, mais surtout, la perspective de refaire le même chemin à l’envers n’est guère motivante. Je me paye donc le luxe de faire la portion Villers – Saut du Doubs en bateau et m’épargne les 7 km de route pas terrible.

GTJ épisode 3 : La Rasse – Villers-le-Lac (there and back again)
GTJ épisode 3 : La Rasse – Villers-le-Lac (there and back again)

De nouveau, le Saut du Doubs (pas plus impressionnant que la veille) avec des gens partout sur le chemin, puis le barrage du Châtelot, sans le chamois cette fois. Je me dis que si j’avance bien, je pourrai manger dans le refuge à la bibliothèque voyageuse, et peut-être finir mon bouquin en mangeant pour le laisser sur place… Pendant ce temps, le ciel se couvre, il fait de plus en plus lourd. Au loin, l’orage gronde. Le vent se lève, il va bientôt pleuvoir. J’arrive plus tard que prévu au refuge tant espéré, mais avant la pluie. L’averse tombe pendant que je finis de manger. Pas grave, j’ai mon livre à finir ! Mais il reste décidément trop de pages. L’averse est finie, le ciel s’est éclairci, mais les nuages ne sont pas encore si loin. Qui sait combien de temps avant la prochaine pluie ! Il faut profiter de l’accalmie. A regret, je range mon livre presque fini dans mon sac et laisse derrière moi ce refuge semblable aux autres mais qui cache les histoires que ses habitants temporaires veulent bien lui laisser. Je crois que désormais, j’ouvrirai systématiquement les portes de tous les refuges pour jeter un coup d’œil à l’intérieur et voir s’ils ne cachent pas leurs propres surprises.

 

Ensuite, je ne traîne pas trop. Parce que la piste forestière n’est pas plus belle que la veille, déjà, mais surtout parce que je me souviens qu’un peu plus loin, il y a une ligne à haute tension, et que je n’ai pas envie d’être en-dessous quand l’orage va revenir (parce qu’il va revenir, c’est sûr). Je ne sais pas bien ce que ça peut avoir comme conséquences, d’être sous une ligne à haute tension en cas d’orage, mais au cas où, j’aime autant m’en éloigner. Je redescends assez rapidement les 350m de dénivelé (beaucoup plus facile dans ce sens) et me retrouve sur le petit chemin en bord de Doubs.

La pluie tombe, mais les arbres sont tellement serrés que je suis à peine mouillée. L’idée que je suis en train de revenir vers ma voiture, pour rentrer chez moi et aller travailler demain paraît presque absurde. Tout à l’heure, je vais arriver au prochain gîte d’étape, jauger son extérieur et y entrer avec une pointe d’excitation pour découvrir l’intérieur. Cette sensation-là semble beaucoup plus cohérente, et même beaucoup plus réelle tandis que je suis encore en train de marcher.

Une journée et demi d’itinérance, et ma tête est déjà partie pour un long voyage…

 

Bilan journée : 20 km

Bilan épisode : 47 km

Avancée sur la GTJ : 101,8 km

 

Et le voyage sur la GTJ se poursuit avec l'épisode 4...

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La route hors du monde - partie 3 - Au bout du chemin

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